Un Local Communiste a Marseille

Nous ouvrons un local proposant une intervention communiste à Marseille. En effet, il est à ce jour bien difficile de trouver une intervention révolutionnaire audible au plus grand nombre dans la ville.

Pourtant, pour nous, il n’y a guère le choix : la seule solution pour les exploités est la révolution communiste. C’est-à-dire la destruction du système capitaliste par l’émergence d’un mouvement révolutionnaire abolissant l’exploitation et tout ce qu’elle implique : classe, famille, État, genre, travail, argent, autant de rapports qui déterminent nos vies, mais qui combattus isolément ne règlent pas le problème général. Ces rapports ne peuvent être détruits séparément, puisque le capitalisme les structure. Le capitalisme n’est pas un bouton qu’on allume ou qu’on éteint, c’est un tout, qui organise nos vies et les soumet à l’argent et au travail.

Face à de nouvelles organisations du travail – uber, contrats aides, auto entreprenariat...-, de nouvelles formes de luttes émergent. Nous ne savons pas si elles permettront de remettre en cause l’ensemble du système, mais nous pensons qu’il y a un enjeu réel. Il s’agit de connaitre ces luttes.

Il s’agit de se rassembler, de diffuser largement un discours communiste et de relayer ces luttes, en remettant en cause le travail dans son ensemble. Et pas uniquement une critique contre telle ou telle modalité sous laquelle la bourgeoisie nous exploite, nous classifie, nous divise..

Face à ce Monde régi par le travail

Le monde dans lequel nous vivons est régi par le travail. Qu’on soit chaque jour condamné a aller au boulot ou a en chercher un pour survivre, tous les aspects de nos vies sont déterminés par le travail ainsi que toutes nos relations sociales : nos amis, nos couples, nos familles, nos loisirs…

Ce qu’on gagne au travail, c’est assez d’argent pour se payer le loyer, la bouffe, des vêtements, son smartphone. Assez pour qu’on y retourne. Quand on n’est pas en train de bosser, on passe son temps à aller au boulot, à se préparer pour le taf, à se reposer parce qu’il nous épuise. Si l’on utilise l’expression « temps libre », c’est bien que le travail ne nous rend pas libre.

Dans ce travail, nous ne sommes pas égaux. Il y a ceux qui produisent, ceux qui travaillent, et ceux qui s’enrichissent du travail des autres. Il y a des exploiteurs, il y a des exploités. Les exploités sont divisés en autant de catégories qui conviennent aux besoins de l’exploiteur, si bien que nous sommes isolés, livrés à nous-mêmes.


Mais bien que les modalités changent selon les endroits et les périodes, l’exploitation demeure. Au point que pour beaucoup des nôtres, cet état de fait a tout de la fatalité. Certains l’attribuent à la nature humaine, d’autres à la volonté du ciel, à la malchance. Nous affirmons que le capitalisme, la bourgeoisie, et le prolétariat, ne sont pas immortels : il y a eu un avant, il y aura un après.

S'organiser ensemble

Mais on ne peut pas y arriver chacun de son côté: refuser l’exploitation, la violence de l’Etat, les matraques et la pointeuse, ce n’est tout simplement pas possible au quotidien.

Le Capital paie des flics, des militaires, des profs et des dizaines d’autres catégories du prolétariat pour garder le contrôle. Il nous tient parce qu’il tient les moyens de subsistance de l’humanité.
Renverser l’état actuel des choses demande une force que seul le prolétariat peut enclencher. Mais cet effort formidable ne peut exister qu’à condition que le retour à la normale devienne impossible

Chaque lutte nous met face à cette réalité. Retourner à la vie normale, à l’« avant-lutte » ? C’est retourner à l’isolement, à notre condition préalable, de trimards, de SMICards, d’« assistés », de « femmes voilées », de « fraudeurs », de « clandestins », de « feignants », c’est redevenir seulement ce que le patronat et ses médias veulent bien que nous soyons. C’est enfin retourner à la fatalité.

Ce retour à la normale nous coûte extrêmement cher: avec la fin du mouvement de la loi travail, c’est le retour à la guerre entre prolétaires, comme à Calais quand les prolos de la ville manifestent contre les prolos des camps. La dure réalité de la gestion de la misère et de ce qu’elle entraîne sur les prolétaires se hurle à longueur de journal, à coups de « terrorisme », à coups de « fraude à la CAF », à coups de grèves et de « prises d’otages ». C’est seulement en agissant en tant que classe que le prolétariat peut imposer sa loi aux exploiteurs ; c’est en tant que communistes que nous intervenons, pour construire largement le combat contre le retour à la normale.

Ça tombe bien ici à Marseille, il y a des centaines de milliers de prolétaires.
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Dix années de crise

Pour l’immense majorité de cette ville, les choses ne sont pas près de s’améliorer. En effet, voilà 10 ans déjà que la crise du système capitaliste s’approfondit et avec elles, les attaques contre le prolétariat.

La seule réponse que donnent les exploiteurs, c’est la dégradation des conditions de vie et de travail. Le Capital est un système dynamique : coûte que coûte, il évoluera pour se maintenir. Cette restructuration implique de tout augmenter : la durée de travail, la répression, les « réformes structurelles », il nous tuera s’il le faut. Il n’y a pas de négociations, de transitions climatiques ou de baisse du temps de travail qui tiennent. Le Capital ne peut offrir que ce qui est viable pour lui. Cette restructuration est mondiale : ici on met des prolétaires au chômage, là on crée des emplois misérables qui s’y substituent sans grande perspective. Ici, on augmente la productivité, là-bas, on détruit des milliers d’emplois. On délocalise là-bas, ici on détruit progressivement le salaire indirect (retraite, sécu, chômage). Là-bas on construit des usines de dizaines de milliers de travailleurs, ici on divise le travail entre sous-traitant, auto entreprise, contrats aidés, CDD…

Ce morcellement du travail entraîne un plus grand isolement des travailleurs. Il va aussi de pair avec le déclin des grandes organisations ouvrières. Le regretter ou s’en réjouir n’est pas le problème. Force est de constater que les syndicats ne sont plus en mesure d’organiser la lutte, hormis dans quelques secteurs spécifiques.
C’est le cas même à Marseille. En effet, pendant le mouvement contre la Loi Travail, les imposants cortèges syndicaux étaient majoritairement composés de travailleurs venus du reste des Bouches-du-Rhône, alors qu’il nous semble évident que la ville regorge d’exploités.

Isolés, livrés à eux-mêmes, celles et ceux d’entre nous qui n’ont pas eu la chance ou l’occasion de tisser des liens avec d’autres compagnons d’infortune se replient vers des groupes fermés, qu’ils soient familiaux, religieux, amicaux, militants, culturels… Toutes ces formes de communautés reposent sur un principe d’exclusion. Il en va des communautés comme des territoires : c’est leurs frontières qui les définissent. Même les communautés les plus ouvertes, se basent sur un “Nous” et donc un “Eux”. .

La gestion de la misère reste la gestion de la misère

Quels que soient les avantages qu’on peut en tirer, une chose est sure, il n’y aura jamais assez de place pour tout le monde. Pour les prolétaires la seule bonne réponse à la crise est de choisir le camp de la classe..

C’est pourtant tout le contraire qui nous est proposé. En réponse à la crise, les discours que l’on voit émerger de tous bords politiques sont gestionnaires : Ils affirment vouloir moraliser, réformer le capitalisme. Certains peuvent même parler de révolution, mais ne proposent qu’une autre gestion du système, aussi longtemps qu’ils ne remettent pas en cause l’exploitation et les classes. En effet, l’ensemble des alternatives proposant une sortie de capitalisme sans le détruire finissent nécessairement par se faire rattraper par lui.

Car inlassablement, le système tend à l’expansion et à la globalisation, et ne permet donc plus aucun extérieur possible, aucun ailleurs, aucun lieu marginal, aucun en-dehors du capitalisme.
Nous n’avons rien à attendre des gestionnaires de tout ordre, y compris ceux qui promettent de repeindre le capital en rouge ou en vert. Tous les discours qui prétendent gérer le capitalisme, mieux, autrement, peu importe, s’inscrivent dans les mêmes logiques : administrer la misère et l’exploitation pour les faire perdurer. Qu’elle soit démocratique ou totalitaire, la gestion de la misère reste la gestion de la misère. Les gestionnaires feront toujours ce qui est nécessaire à la survie du système économique dans lequel nous vivons, même s’ils sont élus le plus démocratiquement du monde. Nous sommes contre la démocratie, peu importe qu’elle soit directe ou indirecte. Elle porte sur son tableau de chasse le nom de millions de prolétaires, qui mouraient hier dans les mines, qui crèvent aujourd’hui du travail. Elle assigne des milliards de prolétaires à la misère, et a le toupet de leur dire qu’ils sont libres.

Elle est prête à nous envoyer jusqu’à Mars et jusqu’aux tréfonds de la Terre chercher une matière plus solide pour nos chaines.


Alors que faire ?

Pour toutes ces raisons, nous ouvrons, au 54 rue Esperandieu, en plein centre-ville, un local communiste. Il n’a pas vocation à centraliser l’activité révolutionnaire sur la ville... mais il compte résolument en prendre sa part.

Sur Marseille, les derniers mouvements sociaux nous ont prouvé que nous manquons de lieux pérennes, ouverts à des collectifs qui se tiennent sur le terrain des luttes et de la défense de nos intérêts de classe.

Des locaux, il y en a déjà. Les espaces alternatifs, culturels sont nombreux. Ce qui manque, ce sont des locaux pour combattre le pouvoir, l’État et les patrons. Pour organiser notre solidarité.

Ce local politique est un outil pour porter nos positions révolutionnaires, pour discuter, pour débattre. Pour sortir de l’informel et de l’affinitaire dans lesquelles nous enferme le militantisme. Bref, pour se rencontrer et élaborer une intervention commune et communiste.

Face à de nouvelles organisations du travail – uber, contrats aides, auto entreprenariat...-, de nouvelles formes de luttes émergent. Nous ne savons pas si elles permettront de remettre en cause l’ensemble du système, mais nous pensons qu’il y a un enjeu réel. Il s’agit de connaitre ces luttes.

Il s’agit de se rassembler, de diffuser largement un discours communiste et de relayer ces luttes, en remettant en cause le travail dans son ensemble. Et pas uniquement une critique contre telle ou telle modalité sous laquelle la bourgeoisie nous exploite, nous classifie, nous divise..

Un spectre hante Marseille, Le spectre du communisme

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